Un livre qui donne envie d’oublier ses plans, de prendre un ticket de train et d’être ailleurs le temps d’un week-end.
Pour le mois de mai, nous cherchions une fiction, le genre de livre que se glisse dans le sac en se disant que, peu importe où nous sommes, nous serions en bonne compagnie.
Les mois de mars et avril avaient été particulièrement inspirants, avec deux lectures ancrées dans la romance, The All You Can Dream Buffet et Lavender’s Blue. Deux histoires différentes, mais traversées par ce même fil conducteur : le changement, une forme de renouveau.
Nous souhaitions poursuivre dans cette dynamique, tout en changeant de perspective. Quitter les États-Unis pour un autre décor, une autre ambiance et entrer pleinement dans cette période de l’année. Le printemps, mai, ce moment où tout se remet doucement en mouvement, où l’on retrouve une forme d’élan, d’enthousiasme.
Et You Are Here correspondait exactement à ça.

– Sujets principaux : solitude, rencontres, seconde chance, marche / voyage, introspection, communication – Personnages principaux : Marnie Walsh, Michael Bradshaw
You are here de David Nicholls : Résumé sans spoiler
Le roman suit Michael et Marnie, deux personnes qui vivent chacune de leur côté, avec une certaine distance vis-à-vis du monde qui les entoure. Elle à Londres, Lui à York. Ils sortent tous les deux de relations passées compliquées et ont progressivement construit un quotidien assez solitaire, chacun à leur manière.
Michael marche, beaucoup. C’est sa façon de rester en mouvement, d’occuper l’espace et le temps. Marnie, elle, reste davantage dans l’introspection. Elle lit, elle évite les interactions sociales, elle se tient à l’écart.
Et puis, un peu malgré eux, ils se retrouvent embarqués dans une randonnée de plusieurs jours à travers l’Angleterre. Ce qui devait être une expérience de groupe se transforme rapidement en un moment partagé à deux, rythmé par la marche, les discussions, et parfois les silences.


Une rencontre, des paysages et l’humour anglais
Avec les beaux jours qui se font plus nombreux, cela donne forcément envie d’être plus souvent à l’extérieur, assise quelque part, à se laisser réchauffer par les rayons du soleil. Et la perspective de lire une histoire qui se déroule majoritairement au cœur de paysages que l’on imagine verdoyants, l’Angleterre, ses collines, ses rivières, ses petits villages, il ne nous en fallait pas plus.
Cette image, nous l’avions déjà en tête. Elle s’est construite en partie à travers BBC Radio 4, et notamment les émissions de Simon Mayo. Le vendredi soir, il n’était pas rare d’entendre des auditeurs en route vers la campagne, le coffre chargé pour le week-end, une bouteille de prosecco prête à être débouchonnée. Pour nous, ces échanges “so british”, correspondait à l’idée que l’on pouvait se faire de la joie de partir à l’aventure en fin de semaine.
Et puis il y avait aussi David Nicholls, qu’on connaît pour One Day. On savait que les dialogues allaient être un point fort, avec ce mélange de sarcasme et d’humour très anglais.
Autant de raisons qui invitent à une chose : se laisser porter par la lecture et voir ce que ce chemin allait donner.

Si les journées s’allongent mais que le ciel hésite encore, ouvrez You Are Here et laissez-vous entraîner sur les sentiers du Lake District. Installez-vous dehors, quelque part au calme, ou imaginez-vous en pleine marche, entre collines et arbres verdoyants, le vent doux, le bruit des pas, le silence de la nature. Et laissez simplement le rythme du livre vous guider, avancer page après page, comme on avance sur un chemin.
VO : Goodreads – Amazon – Audible
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Retour de lecture : You Are Here (sans spoiler)
Ce qui m’a accrochée dès le début, c’est la manière dont David Nicholls présente ses personnages, leur donne une voix, une crédibilité dès les premiers chapitres. On comprend vite que ces personnages ne sont pas en retrait du monde par hasard, mais qu’ils ont chacun trouvé un équilibre, fragile, entre protection et isolement. Et ce qui est assez juste, c’est que cette solitude n’est jamais présentée comme négative. Elle a quelque chose de confortable, presque rassurant, tout en laissant apparaître ses limites.
La rencontre vient doucement perturber cet équilibre. Elle ne transforme pas tout d’un coup mais elle fait émerger des choses mises de côté, parfois enfouies. On voit apparaître des réflexes, des mécanismes, des façons d’interagir qui sont à la fois maladroites, sincères et souvent très drôles. Et c’est là que l’écriture de Nicholls fonctionne particulièrement bien.
Les dialogues sont vraiment un point fort. Il y a ce banter très britannique, beaucoup de sarcasme, d’autodérision, une manière de tourner autour des choses sans les dire frontalement. C’est vivant et naturel. On sent que les personnages utilisent l’humour comme une manière de gérer l’inconfort, de désamorcer les situations et ça crée des échanges très justes.
Ce qui est aussi intéressant, c’est la place du silence. Il y a des moments où rien n’est dit et pourtant il se passe quelque chose. Le livre montre bien à quel point on est habitués à remplir ces espaces, à parler pour éviter le malaise, alors que parfois, la connexion se joue ailleurs.
Au fil du récit, le ton évolue. L’humour et la légèreté des débuts laissent progressivement place à quelque chose de plus ancré, de plus réaliste. On reste avec eux, mais dans une dynamique différente, plus proche de ce que l’on peut observer dans la vie réelle. Et c’est justement ce qui m’a marquée : le livre ne cherche pas à embellir ou à simplifier ce qui se joue entre eux.
On suit deux personnes crédibles, avec leurs hésitations, leurs réflexes, leur manière d’avancer ou de reculer. Le ton du roman évolue en même temps que le relationnel des personnages. Si les deux premiers tiers du livre sont portés par une forme d’enchantement qui naît de leur rencontre, le passé des personnages, les non-dits jouent le rôle de balancier et on sort de cette bulle. Et plutôt que d’insister artificiellement sur une histoire d’amour, le livre choisit de rester dans quelque chose de plus honnête, de plus lucide. Et c’est probablement ce qui rend la lecture aussi engageante. On ne cherche pas seulement à savoir ce qui va se passer, mais à comprendre comment ils en arrivent là.
You Are Here est une très belle lecture, portée par des personnages profondément crédibles et une écriture qui excelle dans les dialogues. J’ai particulièrement aimé l’humour, le sarcasme et cette façon qu’ont les personnages de se raconter à demi-mot, avec beaucoup d’autodérision.
C’est un roman qui se lit avec plaisir et qui trouve un équilibre entre légèreté et observation fine des relations humaines.
⭐️⭐️⭐️⭐️ (4/5 pour le livre)
🎧⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ (5/5 pour l’audio)
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Li. 📚✨🌾
