Certains livres ravivent aussitôt l’élan de lecture. Ils accrochent d’emblée par leur ton, leur héroïne inattendue, leur scène d’ouverture impeccable. A Week to Be Wicked, aussi intitulé Une Semaine de Folie pour sa traduction française, m’a offert exactement cela.
Pour ouvrir l’année, je cherchais une lecture vive, drôle, portée par une tension romantique bien dosée. Un romance historique capable de faire naître un sourire entre deux pages. Au fil des chapitres, j’ai pourtant découvert un récit qui dépasse cette légèreté recherchée : derrière l’humour, un autre relief apparaît. Sous la comédie, des blessures se dessinent.
La honte sociale, les insomnies, les rôles imposés, tout cela circule dans les non-dits et les hésitations des personnages créés par Tessa Dare. Et parfois, une image surgit et reste. Celle des ammonites, par exemple, agit comme une clé discrète du récit : couche après couche, elle reflète la manière dont on se protège, ce qui nous marque, et le besoin d’être reconnu pour ce que l’on est.

À EXPLORER DANS CET ARTICLE :
Résumé du livre (sans spoiler)
Minerva Highwood est connue à Spindle Cove comme une bluestocking : érudite, passionnée de géologie, indifférente aux mondanités et bien décidée à faire reconnaître sa découverte scientifique. Lorsqu’elle apprend que Colin Sandhurst, Lord Payne, rake notoire, envisage de demander la main de sa sœur, elle décide d’agir. Elle lui propose un marché : il l’accompagne jusqu’à Édimbourg pour présenter ses travaux à un colloque de géologie et, en échange, elle lui promet le montant du prix visé, assez élevé pour lui donner enfin accès à une fortune bloquée par son héritage.

Colin refuse dans un premier temps, retenu autant par ses obligations que par l’image frivole qu’il entretient soigneusement. Mais poussé par la certitude qu’il ne peut qu’il ne peut laisser Minerva voyager seule, il finit par accepter. Le duo improbable part alors pour une semaine de voyage où leur arrangement se révèle tout autre. Ils doivent jouer un faux couple, affronter des situations inattendues, partager un espace restreint et composer avec les regards du monde, tout en découvrant peu à peu des aspects de l’autre qui leur échappaient.
Ce road trip offre au lecteur une succession de scènes d’aventure, de petits dangers, de quiproquos sociaux et de répliques affûtées. Les tropes bien connus: faux couple (fake elopement), promiscuité forcée, attraction entre contraires, héroïne érudite (bluestocking), sont présents et s’inscrivent dans l’intrigue avec un rythme efficace et un ton résolument enjoué.

Ce qui rend ce livre particulièrement plaisant, au-delà de l’histoire d’amour, est la manière dont Tessa Dare associe humour, péripéties et dialogues vifs à une histoire qui explore, avec légèreté, des thèmes de confiance, d’estime de soi et de reconnaissance mutuelle dans un cadre social restrictif.
Notre lecture, sans filtre
Ce qui frappe dès les premières lignes de A Week to Be Wicked, c’est l’aisance avec laquelle Tessa Dare installe un ton vif, drôle, ponctué de répliques affûtées. Minerva Highwood entre en scène avec une énergie rare. Intelligente, gauche, intrépide sans le chercher, elle porte une tension touchante entre ambition scientifique et faible estime d’elle-même. Sa première confrontation avec Colin Sandhurst, Lord Payne, séducteur flamboyant au charme agaçant, donne immédiatement le tempo : ça fuse, ça pique, ça amuse. Le banter constitue l’un des plaisirs les plus constants du roman.
Loin d’un simple flirt sur fond de périple, le récit construit peu à peu une dynamique faite de déséquilibres, de surprises et de réajustements mutuels. Colin se révèle plus fragile que son masque mondain ne le laisse penser : derrière l’assurance affichée, ses insomnies et ses fêlures se dévoilent par touches. C’est là que le roman trouve sa force : il n’efface pas les blessures d’un personnage d’un revers de main. Minerva n’est pas un remède. Elle est présence, refuge, intelligence et, parfois, contrepoids nécessaire.
« Les gens avaient peut-être davantage en commun avec les ammonites qu’on ne le supposait.
La coquille de Colin était le résultat d’une tragédie.
Mais que se passait-il si la personne qui était enfermée dans ces compartiments creux et sonores, n’était pas quelqu’un de triste, de sombre ? Juste un homme qui aimait profondément la vie et les gens, (…).
Et qui était-elle, sous toutes les couches qui la constituaient ? Une fille gauche qui aimait les livres et ne s’intéressait qu’aux fossiles et aux roches ? Ou bien une femme hardie, téméraire qui avait tout risqué .… pour avoir une chance, si mince soit-elle, de connaître l’amour ? »
Ce duo fonctionne autant par le comique de situation: haltes imprévues, identités d’emprunt, maladresses, que par une dynamique plus profonde. L’humour n’efface pas les frictions ni les maladresses réelles : certains gestes et certaines paroles de Colin heurtent. Quelques scènes, notamment celles teintées de jalousie, de possessivité ou d’exposition publique, interrogent plus qu’elles ne séduisent. La romance gagne en charme, mais elle n’occulte ni les rapports de pouvoir ni les comportements ambigus.
Ce qui rend la lecture aussi engageante, c’est la constance de Minerva. Elle ne se transforme pas : elle s’affirme. Ses qualités sont là depuis le début. Il faut juste que le monde apprenne à les voir. Colin, quant à lui, n’évolue pas de manière linéaire, mais il cède des espaces, parfois maladroitement, parfois avec authenticité. Dans ce mouvement imparfait, quelque chose d’attachant finit par émerger.
« Non, c’est juste que… j’ai toujours senti que tu lisais en moi comme personne. Que derrière tes charmantes petites lunettes, tu me perçais à jour. Et tu ne cachais pas le mépris que ce que tu voyais t’inspirait, montrant ainsi que tu étais bien plus intelligente que la plupart des gens. Tu me fascinais. Ton regard vif, ta bouche pulpeuse, ton indifférence totale à mon charme.
Je suis changé. (…)
Détruit. Anéanti.… »
Ce que la comédie romantique ne dit pas tout de suite
Derrière les quiproquos et les dialogues pleins d’esprit, A Week to Be Wicked explore des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. Ce n’est pas qu’un simple voyage vers l’amour, mais un chemin vers la reconnaissance : intellectuelle, sociale, affective. Minerva, femme savante dans un univers qui ne lui accorde aucune légitimité, incarne ce tiraillement. Elle se bat pour exister au-delà du rôle d’excentrique qu’on lui assigne. Loin des clichés de transformation magique, Tessa Dare fait évoluer les regards plus que les personnages : Minerva ne devient pas désirable parce qu’elle change, mais parce qu’on apprend à la voir autrement.
Colin, de son côté, adopte d’abord le masque du séducteur insouciant, prompt à la fuite et au détachement. Mais ce vernis dissimule une vulnérabilité construite sur la perte, l’insomnie, la peur du lien. La romance ne cherche pas à réparer ces fragilités, mais à permettre une intimité honnête malgré elles. Leur dynamique repose sur l’écoute et vacille quand elle fait défaut. Certaines scènes, comme celle de la jalousie brutale ou l’absence de soin après l’intime, peuvent troubler, surtout pour une lectrice contemporaine attentive aux notions de respect et de consentement mutuel.
La métaphore des ammonites, ces coquilles construites chambre après chambre à partir d’un noyau ancien, illustre bien la manière dont chacun s’est bâti une protection au fil du temps. Sous l’humour et la légèreté apparente, le roman interroge ce que signifie laisser quelqu’un s’approcher sans renier ce qui nous a façonnés. Même si le rythme connaît quelques essoufflements et que certains fils narratifs se dénouent rapidement, ces déséquilibres n’enlèvent rien à la sensibilité du propos ni à la cohérence émotionnelle du récit.
En conclusion
A Week to Be Wicked – Une Semaine de Folie coche beaucoup de cases du roman doudou : un duo attachant, une narration vive, des dialogues enlevés, un rythme plaisant. Mais c’est dans ses aspérités qu’il gagne en relief. Sous la comédie romantique, Tessa Dare glisse des questionnements acérés sur les normes, les regards imposés, les blessures qu’on apprend à apprivoiser.
Malgré quelques déséquilibres dans la construction: des creux dans le rythme, une fin un peu rapide, des scènes qui laissent un goût mitigé, l’ensemble reste profondément réjouissant. L’humour fait mouche, les personnages laissent une empreinte durable et l’envie de lire est bel et bien là.
Notre Avis: ⭐️ ⭐️ ⭐️ ✨ .
pleine de mordant et de cœur, portée par une héroïne qui ne troque jamais son intelligence contre un corset mieux ajusté.

Parlons-en
💬 Que retenez-vous de la dynamique entre Minerva et Colin : complémentarité, déséquilibre, ou réajustement progressif ?
💬 Le roman vous a-t-il fait sourire, lever les yeux au ciel… ou réfléchir plus que prévu ?
💬 Comment avez-vous perçu la scène de jalousie : simple ressort dramatique ou vraie faille dans la relation ?
💬 Et vous, quelle autre romance historique auriez-vous envie de (re)découvrir après celle-ci ?
Vos impressions sur A Week to Be Wicked – Une Semaine de Folie nous intéressent beaucoup : n’hésitez pas à commenter l’article ou à partager votre avis sur nos réseaux sociaux. C’est grâce à vos retours que le DH Book Club continue de prendre vie, mois après mois.
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VO : Goodreads – Amazon – Audible
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