Notre quête olfactive du mois d’août ne s’est finalement pas arrêtée avec la découverte de Sama de Nusuk. En explorant les fragrances fraîches et aromatiques qui allaient me mener jusqu’à lui, une nouvelle curiosité est née pour deux notes auxquelles je m’étais jusque-là assez peu intéressée : la figue et le thé.
Parmi les parfums découverts au cours de ces recherches se trouvait Father Figure de Phlur, petit coup de cœur dès la première vaporisation chez Sephora. Son prix m’avait cependant rapidement dissuadée de l’acheter et poussée à chercher des parfums au profil similaire.
C’est ainsi qu’Elinor Green de French Avenue est arrivé chez nous, à Deliciously Home. Découvert par hasard parmi les suggestions d’un article de Parfumo, puis retrouvé au détour de mes recherches comme une alternative à Father Figure de Phlur, il n’aura fallu le sentir qu’une seule fois pour comprendre que notre signature olfactive de septembre venait peut-être d’arriver, au moment même où l’été commençait à céder sa place aux premières envies d’automne..
À la recherche d’une alternative à Father Figure de Phlur
Ce qui m’avait autant intéressée dans Father Figure de Phlur dépassait finalement la seule question de ses notes. Sa figue aqueuse et cette impression de thé dilué ne cherchent pas à reproduire fidèlement l’odeur d’un fruit ou d’une infusion. Elles évoquent plutôt le souvenir que l’on en garde, avec ce qu’il peut avoir de flou et de fugace, et font apparaître l’image mentale d’un moment chaleureux et réconfortant. C’est ce travail autour de la suggestion qui m’avait séduite. J’aimais aussi son caractère androgyne et sa façon d’emprunter certains codes de la parfumerie masculine. Il y a dans Father Figure une intelligence de construction et une approche artistique qui le rendent mémorable.
C’est précisément ce qui m’a donné envie de chercher, non pas sa copie conforme (il ne fallait pas se leurrer sur la possibilité de retrouver à l’identique un parfum aussi singulier), mais une fragrance capable de lui faire écho dans ce qui m’avait séduite. D’autre part, sur ma peau, Father Figure finissait par prendre une tournure trop savonneuse. Et même si je n’ai rien contre les parfums « qui sentent le propre », ce n’est tout simplement pas ma tasse de thé. Un vieux souvenir d’enfance, celui d’une lessive beaucoup trop parfumée un jour de pluie, n’y est sans doute pas étranger. Mes recherches se sont donc poursuivies autour de parfums qui travaillaient la figue, le thé et les bois avec cette même idée d’une composition réfléchie, parmi lesquels Citrus Tea de Dossier, London 1983 de Henry Rose, Liam Grey de Lattafa, Al Noor d’Arabiyat Prestige et Niche Emarati Antique de Lattafa.
Il y en avait justement un chez French Avenue, une maison dont je connaissais déjà la qualité des créations, avec des prix encore abordables : Elinor Green. Quelques recherches sur les réseaux sociaux, une vidéo le rapprochant de Father Figure, et un flacon était en route vers nous. Commandé à l’aveugle (« oui, je sais, c’est pas bien »), il est arrivé en un temps record. J’étais comme une enfant le matin de Noël : le film plastique a disparu en cinq secondes et, dès que je l’ai senti, j’ai compris que ce petit trésor valait largement le risque pris.
Elinor Green, l’élégance de l’insaisissable
Des fruits violets et juteux, des feuillages encore verts, l’air chargé de cette humidité qui précède la pluie : Elinor Green dessine dès les premières secondes les contours du souvenir d’une promenade dans un verger par un après-midi d’automne. Et elle ne le fait pas à voix basse. L’ouverture possède une certaine intensité, portée par une figue douce, sucrée, lactée et pulpeuse, comme saisie dans l’humidité de l’air. Le bourgeon de cassis lui apporte sa dimension verte et végétale, avec cette fraîcheur aqueuse qui vient équilibrer la richesse du fruit. Dès l’ouverture, Elinor Green joue donc moins sur la représentation fidèle de la figue que sur ce qu’elle laisse affleurer : la chair du fruit, le vert des feuilles, l’air humide.
À mesure que cette première impression s’estompe, le parfum prend des contours plus doux et éthérés. L’iris y apporte son élégance poudrée ; associé aux fleurs blanches, plus lumineuses, il donne à la composition une impression de légèreté, tandis que la racine d’iris introduit une facette plus boisée, plus proche de l’odeur naturelle de l’iris. Dans cette figue devenue plus crémeuse, désormais mêlée aux fleurs et à l’iris, affleure une impression de thé noir. Celui d’un London Fog que l’on s’imagine déguster près du feu, avec Olivia Dean en fond sonore. Mais je serais bien incapable d’en désigner précisément l’origine : aucune note de thé ne figure dans la composition.
La composition gagne ensuite en profondeur lorsque la facette terreuse du patchouli rencontre le bois de santal crémeux et la chaleur de la vanille. Le premier ramène quelque chose de plus ancré dans une fragrance jusque-là très aérienne, tandis que le santal lui donne de la rondeur et que la vanille prolonge sa douceur lactée sans la faire basculer dans la gourmandise. Les muscs propres et doux viennent assouplir l’ensemble et rapprochent peu à peu Elinor Green de celle qui la porte. Le contraste des premières minutes entre la figue sucrée et le vert aqueux laisse ainsi place à quelque chose de plus crémeux, boisé et enveloppant, où subsiste malgré tout une pointe de vert. À mesure que la fragrance évolue, ses notes semblent se dérober au moment où l’on pense les saisir. Elles apparaissent comme dans un rêve, à portée de main un instant, puis s’effacent pour en laisser surgir d’autres. Elinor Green devient alors ce murmure de figue, de fleurs et de bois éthérés qui reste suffisamment près de soi pour évoquer, plus que l’étreinte elle-même, le souvenir que l’on en garde.
En conclusion
Au fond, Elinor Green n’aura pas été l’alternative à Father Figure que je pensais chercher. Si leurs sillages se rapprochent lorsque les fragrances s’installent sur la peau, Elinor Green possède davantage de matière et de relief, sans la tournure savonneuse que Father Figure prenait sur moi. La ressemblance est bien là, mais elle a rapidement cessé d’être ce qui m’intéressait le plus chez elle.
Quelques mois de maturation permettront de voir ce qu’Elinor Green a encore à révéler. Pour en avoir constaté les effets sur plusieurs de mes fragrances, j’ai hâte de découvrir comment elle évoluera avec le temps. En septembre, elle est déjà devenue une source de réconfort, insufflant une forme de calme au milieu de l’agitation de la rentrée. Un refuge olfactif à garder à portée de main pour traverser la nouvelle saison.
Et vous, avez-vous déjà cherché une alternative à un parfum pour finalement préférer celui que vous avez découvert en chemin ?
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