Et si nos intérieurs retrouvaient un peu de cette magie des années 90 ?
Près de trente ans après le premier film, le retour de Practical Magic réveille en nous tout un imaginaire des années 90. Et le timing est parfait. L’automne ramène chaque année avec lui notre envie de nous retrouver lover dans des intérieurs légèrement plus sombres avec un retour des velours, des couleurs denses, d’une botanique plus dramatique, des lumières basses, tout ce qui donne à notre chez nous une part de mystère. Depuis quelques années, cet imaginaire teinté de gothique revient aussi sous un nom : le whimsigoth. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec ce que nous allons retrouver à l’écran cette saison.
Le whimsigoth possède pourtant un drôle de problème. Pour celles et ceux qui ont grandis avec Charmed ou Sabrina, l’apprentie sorcière c’est un style que l’on résume trop facilement. Une lune, un soleil, quelques étoiles, des cristaux, et l’esthétique est posée. Le dopamine decor a connu le même raccourci avec ses damiers, ses formes exubérantes et ses boules disco, jusqu’à voir une envie de joie et d’expression personnelle se transformer en assortiment de produits. Or le whimsigoth raconte justement l’inverse : des intérieurs personnels, accumulés, un peu étranges où le confort compte autant que le mystère. Alors plutôt que d’en acheter les symboles, regardons ce qui permet réellement d’en créer l’atmosphère.

À EXPLORER DANS CET ARTICLE :
Découvrir le Whimsigoth : commencer par l’atmosphère, pas par les symboles
En retirant les lunes et les étoiles, le whimsigoth ne disparaît pas pour autant. Il reste cette rencontre assez particulière entre quelque chose de sombre et quelque chose de beaucoup plus fantasque. Les couleurs profondes et riches y sont pour beaucoup : prune, bordeaux, bleu nuit, vert émeraude, parfois un magenta ou un orange brûlé qui vient déranger l’ensemble. Elles passent sur les murs mais aussi sur un canapé en velours, un tapis, des rideaux lourds ou un papier peint botanique. Les bois foncés, l’acajou ou le merisier leur donnent encore plus de profondeur, tandis que le verre coloré, le laiton, l’argent ou quelques tons plus pâles empêchent la pièce de devenir austère.
Les motifs suivent la même logique. Damas, paisley, floraux, feuillages, formes courbes héritées de l’Art nouveau ou dessins qui regardent du côté de l’Arts & Crafts : rien n’a besoin d’être explicitement ésotérique pour introduire cette étrangeté. Un papier peint House of Hackney ou Morris & Co. peut d’ailleurs faire davantage pour l’atmosphère qu’une collection entière d’objets célestes. Nous retrouvons ici les motifs botaniques explorés dans notre décoration d’automne, mais dans une version plus nocturne : dahlias pourpres, roses sombres, feuillages sur fond noir, herbiers, branches et fleurs séchées. La nature reste présente, simplement elle a changé d’humeur.

Et c’est probablement là que le whimsy compte autant que le goth. Sans lui, le bois sombre, les couleurs profondes et le mobilier ouvragé peuvent vite devenir sévères. Une frange, un vitrail, un rideau de perles, une broderie un peu naïve, un objet fait main ou une couleur inattendue changent le ton. Le whimsigoth n’a pas besoin d’être sinistre pour être mystérieux. Il fonctionne même mieux lorsqu’une certaine fantaisie vient constamment contredire ce que le gothique pourrait avoir de trop sérieux.
Éteindre le plafonnier : le whimsigoth se construit aussi avec la lumière
Une pièce whimsigoth éclairée par un grand plafonnier blanc perdrait probablement une bonne partie de son charme. La lumière compte ici autant que les couleurs ou les motifs, justement parce qu’elle ne cherche pas à tout montrer. Une lampe Tiffany colore un coin de la pièce, un abat-jour frangé rabat la lumière sur une table, une applique éclaire un tableau tandis que le reste du mur demeure plus sombre. Les bougies peuvent évidemment s’en mêler, mais elles ne sont pas obligées de porter à elles seules toute la responsabilité du mystère.
C’est aussi sous cette lumière que les matières commencent réellement à travailler. Le velours absorbe l’éclat puis change lorsque l’on passe devant lui ; le verre teinté projette sa couleur ailleurs ; un chandelier en métal accroche ponctuellement la flamme. Même les textiles peuvent participer : une dentelle placée sous un rideau plus lourd filtre encore la lumière du jour avant que les lampes prennent le relais le soir. Plutôt qu’une seule source suffisamment forte pour éclairer toute la pièce, plusieurs petites lumières laissent certains détails apparaître les uns après les autres.

C’est une idée que Practical Magic maîtrise particulièrement bien. On se souvient des objets, des plantes et des boiseries mais aussi de la manière dont nous les découvrons dans la maison des Owens. Tout n’est jamais aplati sous le même éclairage. Et pour une fois, la mise en pratique ne demande même pas de chiner quoi que ce soit : avant d’ajouter une nouvelle lampe, commencer par éteindre la grande lumière permet déjà de voir quelles zones de la pièce mériteraient d’être éclairées autrement.
Une maison que l’on ne pourrait pas acheter en une après-midi
Le paradoxe du whimsigoth est peut-être là. Nous pouvons aujourd’hui trouver très facilement tout ce qui permet d’en reproduire les codes, alors que l’esthétique fonctionne beaucoup mieux lorsqu’on ne sait pas exactement d’où viennent les choses. Un tapis persan un peu usé, un bougeoir dont la peinture s’écaille, une petite peinture à l’huile, un meuble en bois sombre, une broderie, quelques livres reliés, une céramique étrange trouvée en brocante : pris séparément, aucun de ces objets n’est whimsigoth. Leur histoire commune commence seulement lorsqu’ils se retrouvent dans la même pièce.



D’où l’importance du layering, mais dans un sens plus large que la simple accumulation. Un tapis peut en chevaucher un autre ; une dentelle apparaître sous un velours ; des petits cadres se glisser autour d’une œuvre plus grande ; le métal répondre au bois, une pièce contemporaine trouver sa place parmi plusieurs objets anciens. Les matières se corrigent aussi entre elles. Trop de velours alourdit, trop de bois rapproche du rustique ; le verre, la dentelle ou un reflet métallique viennent rompre cette continuité. Une pièce peut être très occupée sans donner l’impression que chaque centimètre devait absolument recevoir quelque chose.



Surtout, tout cela demande du temps. Le whimsigoth se prête assez mal à la pièce entièrement terminée en un week-end et beaucoup mieux à une décoration qui accepte de rester incomplète. Brocantes, marchés aux puces, objets hérités, créations d’artistes, choses déjà présentes que l’on déplace ou que l’on transforme : la provenance finit par compter autant que le style. C’est peut-être ce que la maison Owens réussit depuis le premier Practical Magic. On ne regarde pas un décor coordonné, mais une maison où plusieurs générations auraient laissé quelque chose derrière elles. Et cette impression-là reste difficile à mettre dans un panier.
En conclusion : il y a une petite part de magie
Au fond, le retour de Practical Magic nous rappelle peut-être surtout à quel point une maison peut être séduisante lorsqu’elle ne cherche pas à être parfaitement cohérente. Chez les Owens, le velours peut côtoyer un vieux tapis, les plantes gagner les fenêtres, les chandeliers rester sur la table et les objets continuer à s’accumuler sans que personne ne paraisse se demander s’ils appartiennent à la même esthétique. La magie vient aussi de là : d’une maison assez personnelle pour que l’étrange y trouve naturellement sa place.
Alors gardons du whimsigoth cette permission. Celle de choisir la lampe un peu trop théâtrale, le velours prune, le tableau bizarre aperçu en brocante ou les rideaux à franges que nous n’aurions peut-être pas osés quelques années plus tôt. Tante Jet disait qu’« il y a un peu de sorcière en chacune de nous ». En décoration aussi, autant lui laisser un peu de place.
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